APTES AU VOL


Octobre 2003

Donald Pettit, un des trois membres de l'équipage numéro 6 de la Station Spatiale Internationale, a tiré une leçon intéressante des circonstances particulières de la fin de sa mission. Suite à l'accident de Columbia, la durée de cette dernière s'est trouvé portée à près de six mois, contre quatre initialement prévus. Six mois, c'est justement la durée du vol vers Mars. A l'issue de ce séjour prolongé en apesanteur, les trois astronautes ont par ailleurs eu à faire face à une séquence de rentrée et d'atterrissage imprévue, suite à une avarie du système de guidage automatique de leur capsule Soyuz. Cette panne a conduit à une trajectoire non guidée, avec un niveau de décélération plus sévère et, surtout, un impact à 400 km du point prévu. Ce qui a valu aux astronautes d'attendre quatre heures l'arrivée de l'hélicoptère de récupération !

Rentrée dans l'atmosphère martienne : haute décélération, stress intense, période critique (doc. NASA)

Pourtant, Donald Pettit tire une conclusion positive de cette aventure : il constate qu'en fin de compte cette mission présente de fortes similitudes avec un voyage vers Mars : même durée de vol, en apesanteur, même type de manœuvre de rentrée atmosphérique et d'atterrissage. Elle démontre que l'être humain a suffisamment de ressources physiques pour entreprendre un périple d'une telle durée, tout en restant parfaitement capable de maîtriser son vaisseau et ses équipements dans les phases finales particulièrement critiques. Autrement dit, les six mois d'apesanteur ne semblent pas constituer un handicap sérieux pour mener à bonne fin ces opérations délicates, même lorsque celles-ci ne se déroulent pas de façon normale et qu'il est nécessaire de faire face à l'inattendu avec sang-froid.

Donald Pettit conclut : " Il n'y a pas de barrières du point de vue des capacités physiques humaines pour le vol et l'atterrissage sur Mars ". Parole d'astronaute.


Essais de l'habitat, en configuration de gravité artificielle, un ATV usagé faisant office ici de contrepoids (doc. Delta-Utec SRC, présenté au congrès astronautique de Brême)

Rappelons cependant qu'il existe une solution particulièrement simple de s'affranchir de l'absence de pesanteur pendant le voyage, solution déjà imaginée par Tsiokolvsky au début du XXème siècle et reprise dans le projet Mars Direct. Elle consiste à relier le vaisseau et le dernier étage de la fusée, après usage, par un câble suffisamment long (environ 150 m) et de mettre l'ensemble en rotation ; on peut ainsi recréer, par force centrifuge, une pesanteur artificielle à bord de l'habitat. Jusqu'à présent, cet élégant remède semble avoir peu séduit les spécialistes du vol habité, sans doute trop occupés, depuis maintenant près de 40 ans, à développer des contre-mesures médicales ou physiques aux effets physiologiques de l'apesanteur… Mais il devrait s'imposer, sauf à mettre en évidence des difficultés technologiques non identifiées. Une équipe de chercheurs néerlandais propose dans ce but à l'ESA de prévoir, lorsque sera venu le moment de qualifier en vol le futur module d'habitation, d'expérimenter le dispositif à cette occasion. Ceci permettrait également de recueillir des données sur les effets physiologiques de la pesanteur martienne, ce qui n'a curieusement encore fait l'objet d'aucune étude…


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