DES MARTIENS À CHICAGO !


Août 2004

Quatre cents martiens se sont retrouvés à Chicago, du 19 au 22 août 2004, à l'occasion du 7ème congrès de la Mars Society. L'événement, tout particulièrement marqué cette année par l'Initiative d'Exploration Spatiale (MMI, Moon-Mars Initiative), était co-sponsorisé par la National Space Society (NSS), partenaire de la Mars Society au sein de la " Space Exploration Alliance ", ainsi que par la Moon Society (qui y tenait un stand) et par deux prestigieux organismes locaux : le Adler Planetarium et le Museum of Science and Industry.

Craig Steidle (gauche) et Robert Zubrin (droite)
Les circonstances ont, pour la première fois, conduit un responsable de très haut rang de la NASA à se déplacer pour rencontrer la communauté martienne. Il s'agissait en l'occurrence de l'amiral Craig Steidle, adjoint (associate administrator) de Sean O'Keefe, en charge du nouveau programme d'exploration. Cette visite manifeste l'importance accordée par la NASA à notre mouvement, dans le cadre de la mise en œuvre de sa nouvelle stratégie. L'administrateur a clairement situé Mars comme objectif majeur du programme, l'étape lunaire devant être mise à profit pour tester et qualifier les technologies et équipements nécessaires à la mission martienne. Même si on peut regretter l'asthénie de sa planification, s'inquiéter de la lourdeur de la démarche, avec ses nombreuses étapes et coûteuses infrastructures intermédiaires, ou s'irriter à l'écoute de leitmotivs poudre aux yeux tels que : " pay as you go " (payez au fur et à mesure), " approche en spirale " ( ? ), il apparaît que la NASA entende ne pas s'enliser dans une interminable étape lunaire. Contrairement à la description hasardeuse donnée par le président Bush dans sa déclaration, on ne devrait pas attendre de disposer d'une usine d'oxygène et d'une base d'assemblage lunaires pour s'élancer vers la planète rouge.

Trois autres visiteurs exceptionnels ont honoré la manifestation de leur présence.

Mike Lembeck, responsable des technologies du programme MMI, a exposé l'approche programmatique envisagée et fourni des précisions sur les techniques et équipements spécifiques à développer. Les spécifications du Véhicule d'Exploration (CEV, Crew Exploration Vehicle), premier élément majeur du projet, devraient être émises avant la fin de l'année. Il faut cependant reconnaître que la vision qui en est donnée reste bien floue ! Un seul et même véhicule sera-t-il utilisé successivement, avec des adaptations, pour les missions vers l'ISS, la Lune, Mars ? Ou imagine-t-on de développer trois véhicules successifs, ce qui serait évidemment néfaste pour la crédibilité et la robustesse du projet ?

Scott Horowitz
L'astronaute Scott Horowitz (trois missions à bord de la navette spatiale) nous a fait part de son point de vue sur l'exploration spatiale par l'Homme, au cours d'une intervention de très haut niveau particulièrement appréciée par les participants.

Enfin, Steve Squyres, le responsable scientifique du programme des rovers MER, nous a présenté un bilan des brillants résultats obtenus à ce jour. Il a annoncé que les missions pourraient se prolonger sur une année martienne entière (près de deux ans) !

A signaler également les communications en séances plénières de deux chercheurs du centre Ames de la NASA, Chris McKay et Bill Clancey. Chris McKay a développé deux points concernant la question de la vie sur Mars : la stratégie de recherche, en particulier le point essentiel de la sélection des sites, et une approche permettant de faire face au risque de contamination d'un éventuel écosystème martien (principe de réversibilité de la contamination). Bill Clancey a présenté la brillante campagne de recherche menée en coopération avec la Mars Society, sur le site de la station de simulation MDRS, sur les " Mobile Agents " (robots d'assistance aux astronautes). Un travail d'avant-garde passionnant, que vous pouvez découvrir sur notre site.

Parmi les autres sessions plénières et les multiples sessions parallèles, un des moments forts a certainement été l'exposé des points de vue sur le rapport de la Commission Aldridge, exprimés par le directeur exécutif de la NSS et par le président de la Mars Society. La NSS a souligné les points positifs des recommandations de la commission : implication plus forte du secteur privé, mise en place d'incitations à l'innovation et à l'entreprise : prix, mesures fiscales, etc. Le président de la Mars Society, a contrario, a critiqué le fait que les objectifs scientifiques mis en avant n'aient pas donné à la question de la vie sur Mars la place prééminente qui lui revient. D'une façon plus générale, il juge inadmissible et extrêmement dommageable que la commission n'ait pas comporté de scientifiques, à l'exception de Paul Spudis, que ses positions extrémistes en faveur de la Lune, allant jusqu'à soutenir le développement prioritaire d'infrastructures lunaires à caractère quasi-industriel, déconsidèrent. De même, il estime que l'absence d'ingénieurs en son sein n'a pas permis à la commission d'appréhender convenablement le projet (Apollo a été conçu et mené au succès sous l'inspiration d'ingénieurs de génie comme Wernher von Braun ou George Müller). De ce fait, le rapport manque à ses yeux cruellement de consistance et de crédibilité, et sera vite oublié.

Il y a quelques années, le célèbre réalisateur James Cameron (Abysses, Titanic…), fervent soutien de la Mars Society, nous avait présenté les premiers éléments de réalisation du film I-Max qu'il avait en chantier sur le thème du débarquement sur Mars. Mais c'est finalement vers les abysses qu'il a d'abord choisi de retourner, il est vrai avec une teinture martienne ! Il va en effet sortir un film I-Max sur l'exploration des évents volcaniques sous-marins, fantastiques habitats d'organismes extrémophiles. Nous avons eu le privilège de pouvoir admirer quelques-uns des rushs de sa réalisation. Fascinant d'étrangeté et de beauté, un hymne à l'exploration ! Mais le flambeau du cinéma martien est repris par Sam Burbank, jeune cinéaste également connu à la Mars Society. Celui-ci nous a présenté le film dont il entreprend la réalisation, sur la trame du livre de science-fiction de Robert Zubrin " First Landing ". L'originalité de l'intrigue de ce roman est de bonne augure. Souhaitons que cette fois le projet aille à son terme.

Les rushs du prochain I-Max de James Cameron Sam Burbank

Bertrand Spitz a profité de l'occasion pour remettre à Robert Zubrin un exemplaire de la version française de son best-seller
'The case for Mars".

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