LA BASE LUNAIRE, OBSTACLE A UN VERITABLE PROGRAMME D'EXPLORATION

(communiqué du 13 décembre 2006)

 

L’Initiative d’Exploration Spatiale américaine a, enfin, redonné un sens à la présence de l’Homme dans l’espace et offert la perspective d’une nouvelle ère de progrès et d’aventure humaine.  Pourtant, après les signes positifs qu’ont constitués, entre autres, le soutien renouvelé du Congrès et la décision de développer le lanceur lourd Arès 5, l’annonce récente des conceptions de l’administration Bush concernant la phase lunaire du programme soulève de sérieuses interrogations.

D’excellentes raisons justifient de commencer par retourner sur la Lune : y reprendre une exploration scientifique brutalement interrompue, y tester la possibilité d’utiliser les ressources locales, enfin l’utiliser comme site d’essai pour les futures explorations interplanétaires. Or, qu’observe-t-on dans la présentation du 4 décembre ?
Vis-à-vis de l’exploration de la Lune : la NASA a choisi de développer une base permanente en un point unique, s’interdisant du même coup d’explorer de multiples sites géologiques. Cette doctrine sacrifie à l’évidence la science aux ambitions des constructeurs d’infrastructures spatiales. Elle risque de plus, comme ce fut le cas avec la Station Spatiale, de compromettre notre avenir dans l’espace, lorsque le caractère hasardeux et largement prématuré d’une telle entreprise deviendra patent.
Concernant l’utilisation des ressources locales : l’application la plus utile et la plus immédiate est l’extraction d’oxygène du sol lunaire. Pourtant, le scénario retenu est, quant à lui, axé sur l’extraction de glace d’eau, supposée piégée dans une zone polaire perpétuellement à l’ombre. Or, cette perspective vient d’être réduite au rang de supputation sans fondement par de récentes observations (revue Science, 27 octobre). Le parallèle avec la promesse des produits miracles que devait permettre de fabriquer la Station Spatiale est troublant…
Enfin, s’agissant de la préparation de l’exploration planétaire, les concepteurs de l’agence repoussent à plus tard le développement de technologies nécessaires à une véritable exploration spatiale : générateur électronucléaire permettant de s’accommoder des nuits lunaires de 14 jours, utilisation comme carburant fusée de l’oxygène et du méthane, que l’on pourra produire à partir des ressources martiennes). Leur scénario, tout en captant la majeure partie des ressources de l’agence, condamne pour longtemps à se limiter à l’exploration d’un point unique de la Lune, au mépris des objectifs d’ensemble du programme.

le projet US de base lunaire : une quinzaine de modules à assembler, supposant une large participation internationale : un nouveau programme de Station Spatiale ? (doc. NASA)

Conscients dès à présent des difficultés financières que ce projet de Station lunaire engendre, l’administration américaine n’hésite pas à préciser qu’il ne pourra se concrétiser que si d’autres puissances spatiales acceptent de le financer, pour une très large part ! Le respect forcé de ses engagements sur l’assemblage de la Station suffira-t-il à convaincre les autres puissances spatiales à se ranger sous son aile ? On peut en douter.

Le scénario du programme d’exploration Aurora de l’Agence Spatiale Européenne indique sans ambiguïté l’objectif qu’il convient de s’assigner à terme : le débarquement d’explorateurs humains sur la Planète rouge. La « vision » américaine ne dit d’ailleurs pas autre chose, même si l’inflation actuelle du projet de la première phase lunaire semble le masquer. La preuve d’écoulements d’eau contemporains sur Mars et la réfutation formelle des supposés indices de présence de glace sur la Lune viennent opportunément mettre en relief la prééminence qu’il convient d’accorder à l’exploration de Mars. Un monde dont l’histoire géologique, hydrologique et climatique, bien plus riche que celle de la Lune, nous aidera à mieux comprendre le fonctionnement de notre propre planète, et qui, plus que jamais, s’avère un laboratoire privilégié pour l’étude de l’origine et de la nature profonde de la vie.

Si nous devions nous contenter de retourner sur la Lune et nous montrer incapables d’affronter le défi de Mars, cela reviendrait en définitive à nous dire que nous valons moins que nos grands-parents ! Un abandon que nos sociétés ne devraient pas se permettre. A l’inverse, en relevant ce défi, nous inspirerons la jeunesse ; d’innombrables vocations de scientifiques, d’ingénieurs, de techniciens en résulteront, dans des domaines aussi variés que l’énergétique, les matériaux, l’informatique, la robotique, la médecine, la biologie, etc. Leur contribution vaudra largement les investissements consentis.

Richard Heidmann
Président de l’Association Planète Mars

Mise en ligne par Anthony Rocher


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