LE SAUVETAGE DE HUBBLE

Editorial de Robert Zubrin, président de la Mars Society, du 31 octobre 2006.                                  
Traduction Pierre Brisson

Deux moments forts de l’action de la Mars Society dont nous devons être fiers en tant que membre de ce groupement. Par sa courageuse défense de Hubble, Robert Zubrin est parvenu presque seul à mettre en accord la direction de la NASA avec la nouvelle initiative spatiale présidentielle et a véritablement relancé l’exploration spatiale par vols habités, qui autrement aurait été sabotée par l’équipe dirigeante en place. La décision de Michael Griffin du 31 octobre est la conclusion de ce combat et confirme cette politique.


Le sauvetage de Hubble, une victoire de la raison.

L'Administrateur de la NASA, Mike Griffin, a annoncé aujourd'hui que l'agence monterait une mission de la navette pour sauvegarder et améliorer le télescope spatial Hubble.

La décision de sauver Hubble est une grande victoire pour la science, la civilisation, et la Mars Society. Seule parmi les groupements de soutien à l’exploration spatiale, la Mars Society a réagi à la décision stupide et poltronne de l'ancien l'administrateur Sean O'Keefe, d’abandonner Hubble, par une opposition frontale, traitant de mensonges ses déclarations d’ignorant borné comme quoi une mission auprès de Hubble serait plus dangereuse que les missions vers la Station Spatiale, et de malhonnête sa tentative de tromper le Congrès américain en lui faisant accepter l’abandon du télescope par le biais de l’offre impossible d'un effort robotique de réparation bidon.

L'annonce par O'Keefe de son intention d'abandonner Hubble est tombée juste deux jours après le lancement par le Président Bush de la vision pour l'exploration de l'espace (« VSE ») et a failli torpiller l’initiative Lune-Mars en l’associant à un crime contre la science. Elle a également failli  transformer cette VSE en plaisanterie, car une NASA trop pusillanime pour envoyer des astronautes au chevet de Hubble n’aurait clairement jamais pu envoyer d’hommes sur la Lune ou sur Mars.

Après l'annonce de O'Keefe, le comité de coordination de la Mars Society a publié un rapport la dénonçant et les membres de l’association sont allés rencontrer les membres du Congrès, les sénateurs et le personnel de la Maison Blanche, dans une campagne concertée pour retourner cette décision. En outre, les membres de la Mars Society ont fait publier des articles et des lettres dans de nombreux journaux, disant clairement que non seulement les spécialistes mais aussi les Américains de tous horizons déterminés à maintenir l'engagement de notre pays à l'esprit pionnier, considéraient que la décision d’abandonner Hubble était inacceptable.

Un échantillon d'un des nombreux articles de la Mars Society s'opposant à l'abandon de Hubble peut être trouvé sur le net à l’adresse : http://www.aura-astronomy.org/nv/WashTimes_1.pdf.
Un autre est présenté ci-dessous.

La campagne de la Mars Society provoqua une réponse hystérique de la part d’un valet de O'Keefe chez Nasawatch (site Internet de communication sur l’espace) mais fut très bien accueillie par de nombreux employés de la NASA, qui aidèrent la campagne en faisant passer l’information que O'Keefe mentait. En raison de la débâcle qui suivit, le fonctionnaire indigne dut quitter son bureau, dégageant la voie pour la nomination d'un administrateur réellement dévoué à la science et à l'expansion humaine dans l'espace.

Félicitations à Mike Griffin pour avoir pris la bonne décision. Félicitations à tous ceux qui se sont mobilisés pour Hubble.

Photo de Mr Griffin (copyright NASA)

 

Ne laissez pas tomber Hubble
Par Robert Zubrin (publié le 9 février 2004 dans Space News)

Le 16 janvier, l'administrateur de la NASA, Sean O'Keefe, a annoncé qu'il avait décidé de décommander toutes les futures missions de navette spatiale auprès du télescope Hubble, y compris la mission de maintenance n°4, presque prête à partir et qui aurait installé le nouveau spectrographe « Origines Cosmiques » et les instruments de la camera n°3 à grand champ. Cette décision est intervenue au moment d’un changement complet de politique du gouvernement du président George W. Bush, qui a décidé de mettre fin au programme de la Navette et aux engagements internationaux pour la Station spatiale (ISS) d'ici à 2010,  permettant de ce fait de redéployer les budgets vers l'exploration humaine de la Lune et de Mars. Alors que la réorientation générale du programme de vol spatial humain, des activités orbitales autour de la Terre vers l'exploration planétaire, est une étape valable et attendue depuis longtemps, l'annulation de la mission de mise à niveau de Hubble est une erreur énorme.

Le télescope Hubble a été le vaisseau spatial le plus productif scientifiquement de l'Histoire. Grâce à Hubble, nous avons observé directement les impacts cométaires planétaires, facteurs essentiels de l’évolution, nous avons été témoins de la naissance d’étoiles qui rendent la vie possible, et nous avons mesuré la taille et l'âge de l'univers lui-même. Grâce à Hubble, nous savons maintenant que la matière ordinaire est une partie très petite de l'univers et que son expansion s’accélère au lieu de se ralentir comme on le pensait précédemment – révélant de ce fait une force de la nature nouvelle et inattendue. Les missions d'astronautes qui ont rendu cela possible seront notées comme des accomplissements épiques dans les chroniques futures de la recherche de la vérité par l'humanité.

Nous avons une chance de pousser plus loin. Le spectrographe Origines Cosmiques et la caméra n°3 à grand champ conçus pour donner à Hubble sa pleine capacité ont déjà été construits et testés, pour un coût de 167 millions de dollars, et ils promettent d’énormes retombées scientifiques une fois mis en orbite. Avec l'aide de ces instruments, Hubble serait capable de sonder plus profondément l'espace et le temps, aidant à révéler les processus qui ont régi la naissance de l'univers et qui détermineront son destin final. Comment la décision d’avorter un tel programme peut-elle être justifiée ?

Certainement pas sur la base des coûts. Si le plan Bush était d’arrêter le programme de la Navette immédiatement et d’économiser les $24 milliards nécessaires pour la faire fonctionner jusqu’en 2010 afin de lancer le programme Lune-Mars cette année avec un financement substantiel, cela serait significatif. Mais étant donné la décision de continuer les vols de navettes, annuler la mise à niveau de Hubble ne permet d’économiser pratiquement rien.

Il faut environ $4 milliards par an pour entretenir l'armée d’ingénieurs et de techniciens qui font fonctionner le programme Navette,  mais il ne faut que $100 millions de plus pour lancer cinq navettes par an au lieu de quatre. Ainsi le coût additionnel pour le contribuable pour mener à bien la mission de maintenance n°4 et le vol suivant quelques années plus tard pour remplacer les batteries de Hubble et ses compas gyroscopiques et le relancer vers une orbite plus haute où il pourrait être fonctionnel tout au long de la décennie suivante, ne serait pas de plus de $200 millions, soit moins d'un pour cent de ce qui reste du budget du programme Navette.

D'un point de vue financier, la décision d’abandonner la mise à niveau de Hubble tout en continuant les vols de navette revient à jeter le bébé tout en gardant l’eau du bain.

L’argument de la sécurité ne tient pas non plus. S’il est assez sûr de rejoindre l’ISS avec la navette, il l’est tout autant de rejoindre Hubble. Il est vrai qu'en allant vers l'ISS, l’équipage vole vers un refuge sûr, de telle sorte que s’il constatait des dommages quelconques aux tuiles de sa protection thermique, ils pourrait s’abriter dans la Station Spatiale et survivre pendant la courte période nécessaire à l’arrivée d’une capsule russe Soyouz de sauvetage. Dans ce scénario, les missions ISS posséderaient un dispositif de sécurité dont les missions Hubble manquent.

Mais l’endommagement de tuiles pendant le lancement n’est pas la seule source de risque d’un vol de navette. Selon la plupart des analyses, la plus importante source de risque provient de la possibilité d'impacts mortels par micrométéorites ou débris orbitaux. L’orbite de l'ISS est beaucoup plus dangereuse à cet égard que l’orbite de Hubble. Par exemple, sur le STS-113, dernier vol de navette vers la station, la probabilité calculée de perte de véhicule et d’équipage par micrométéorites ou débris était de 1 sur  250. En revanche, la probabilité pour la dernière mission de maintenance de Hubble (STS-109) était nettement inférieure : 1 sur 414.

Le deuxième plus grand risque auquel sont confrontés les vols de navette est la possibilité de panne de moteur pendant le lancement. Puisque les missions Hubble partent avec une charge utile beaucoup plus légère que la plupart des missions ISS, elles peuvent gérer ce danger beaucoup plus efficacement. Par exemple, afin de pouvoir avorter sur orbite une mission ISS telle que le vol STS-113 (réalisé par la navette Endeavour), les trois moteurs principaux doivent brûler pendant au moins 282 secondes avant qu'on puisse accepter d’en couper un. En revanche, sur les missions Hubble telles que le vol STS-103 (navette Discovery), il suffit de 188 secondes de pleine opération pour les trois moteurs. Cette moindre exigence de durée de combustion pour les missions Hubble est un avantage critique de sécurité, parce que le temps maximum durant lequel les missions ISS ou Hubble peuvent avorter avec retour à la base de lancement (RTLS) est d’environ 232 secondes. Ainsi les missions Hubble ont un répit de 50 secondes pendant lequel un RTLS ou une interruption de mission sur orbite est possible, tandis que les missions ISS ont un intervalle de 50 s pendant lequel ni l'un ni l'autre n'est possible.

Si la navette ne peut exécuter ni un retour à la base de lancement ni une mise sur orbite, elle peut atteindre un site d'atterrissage transocéanique, mais plus que probablement elle devra plonger dans l’océan. Quand elles partent de Cape Kennedy, les missions Hubble volent vers l’Est / Sud-Est et elles ont ainsi la possibilité de tomber dans des eaux tropicales chaudes. En revanche, les vols vers l’ISS partent du Cape vers le Nord-Est, et leurs équipages ont la dure perspective d’avorter la mission dans les eaux glaciales de l'Océan Atlantique Nord où leurs chances de survie seraient beaucoup moindres. Ainsi, bien qu’aucune véritable analyse quantitative n'ait été faite pour établir si et dans quelle mesure les différents vols de navette vers l’ISS sont plus ou moins risqués que les missions Hubble, il y a de bonnes raisons de croire que ce sont les vols vers Hubble qui offrent une plus grande sécurité.

Cependant, si on considère que deux vols de navette seulement seraient nécessaires pour que Hubble soit opérationnel jusqu’en 2015, alors qu'au moins 20 missions seront nécessaires pour achever l'ISS, il devient évident que le risque lié à ce dernier programme est au moins d’un ordre de grandeur plus élevé.

Le président a l'intention de demander au congrès de dépenser des milliards de dollars pour développer la technologie nécessaire pour permettre les missions humaines sur la Lune et sur Mars. Pourtant, le congrès a dépensé 167 millions pour la mise au point les équipements nécessaires à la Mission de maintenance n°4, juste pour s’entendre dire par l'administrateur de la NASA qu'il craint maintenant de faire voler la navette pour les livrer. Si un tel comportement est accepté, quelle garantie le législateur peut-il avoir qu'après qu'il ait dépensé des milliards pour mettre au point et produire les équipements nécessaires à l’exploration de la Lune et de Mars, un futur administrateur de la NASA ne puisse pas également prendre peur ? Il est difficile de comprendre comment une agence qui est trop timorée pour entreprendre une mission de navette vers Hubble pourrait vraiment sérieusement envisager une mission pilotée sur  la Lune ou sur Mars.

La décision de décommander la mission Hubble torpille ainsi complètement l'appel du président pour l'exploration planétaire humaine. À moins que nous ne soyons disposés à accepter des risques égaux à, et en fait sensiblement plus grands que ceux requis pour améliorer le télescope de l'espace, les hommes n’iront pas explorer la Lune, Mars, ou quelque autre astre que ce soit. Et si nous ne nous engageons pas dans le voyage interplanétaire, la raison première du programme de station spatiale - connaître les effets du vol spatial de longue durée sur la physiologie humaine - doit être aussi mise en question.

Ce n'est pas que nous devrions négliger la question du risque. Le point est qu'il y a certaines choses qui pour être réalisées, exigent de prendre des risques, et valent la peine de les prendre. La recherche de la vérité dans le cadre d’activités humaines dans l'espace nécessairement périlleuses - soit auprès de Hubble, soit sur Mars - est l'une d'entre elles. Rien de grand n'a jamais été accompli sans courage. Si nous ne faisons pas preuve de courage, nous tournons le dos à tout ce qui a fait de notre civilisation une civilisation digne d’être célébrée.

Face à l'outrage public au sujet de sa décision, l'administrateur O'Keefe a accepté qu’elle soit réexaminée par l’amiral Hal Gehman, président de la commission chargée de l’enquête sur l’accident de Columbia. On peut espérer que Gehman rectifie la situation. Mais s'il ne le fait pas, alors le congrès devra agir. Les élus devront agir, parce que finalement la question de savoir si nous faisons ce qu'il faut pour garder les yeux ouverts sur les cieux n'est pas une question de technicité de sécurité des vols de navette, mais une question de valeurs sociétales.

L'abandon de Hubble est une offense à la science et à la civilisation. Il représente un divorce avec l'esprit pionnier américain, et sa ratification  politique exclurait n'importe quelle possibilité d'un futur humain dans l'espace. C'est une décision inexcusable, et elle doit être annulée.


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