5 février 2007 La NASA vient de révéler qu’elle étudiait la possibilité d’effectuer un « tour de Lune » cinq ans avant la date du retour proprement dit sur le sol de notre satellite (2020). La mission ne devrait pas passionner les foules. En effet, elle surviendrait près d’un demi-siècle après la mémorable et émouvante odyssée d’Apollo 8, qui avait vu pour la première fois des hommes, perchés sur leur fusée géante, s’arracher à la Terre pour atteindre le voisinage d’un autre monde, symbole de l’inaccessible. En 2015, les témoins de ce moment historique ne pourront qu’éprouver un mélange de frustration et d’ironie en pensant, au spectacle de ce remake sans éclat, à ces cinq décennies perdues… Quant aux plus jeunes, peut-être certains se souviendront-ils que leurs grands-pères l’avaient déjà fait… il y a bien longtemps… Pourtant, le fait que l’agence américaine travaille sur cette hypothèse est significatif et encourageant. On peut certes y voir avant tout le souci de donner de la visibilité à une entreprise que sa lenteur affligeante fragilise*, tant politiquement (échéances trop lointaines, nombreux changements de gouvernements) que médiatiquement (« il ne se passe rien »). Pour un programme de cette importance, cet aspect n’a rien d’anecdotique. Mais c’est un autre élément du scénario qui attire l’attention : pour effectuer cette mission, la NASA envisage en effet d’utiliser une variante du nouveau lanceur lourd Ares 5, pour l’instant encore à l’état de projet. Cette variante serait constituée du premier étage de l’Ares 5, surmonté du deuxième étage de l’Ares 1 (le lanceur du vaisseau CEV, dont le développement est déjà lancé). Le simple fait que cette mission et cette solution de lancement soient étudiées signifie que le développement d’Ares 5 devrait être engagé rapidement, afin d’être opérationnel non pas en 2020, mais dès 2015. La baisse du budget Navette-ISS devrait permettre la montée en puissance de cet effort dès 2010. * Il est prévu de retourner sur la Lune en 16 ans, alors qu’en partant rigoureusement de rien, le défi Apollo avait été gagné en deux fois moins de temps !
Or, cette fusée est la clef du retour à la Lune et de l’accès à Mars. Le lancement de son développement consoliderait fortement le programme, sachant que la décision serait entérinée par une présidence qui devrait souhaiter voir la mission cis-lunaire couronner un deuxième mandat ! Il s’agit d’une décision majeure :
Sur le plan technico-opérationnel, la mission cis-lunaire est justifiée par la volonté des ingénieurs de mettre en œuvre une procédure de retour sur Terre plus souple que celle utilisée du temps d’Apollo. A l’époque, la capsule plongeait directement dans l’atmosphère, ce qui ne laissait guère de latitude sur la zone d’amerrissage ni sur l’instant de départ de la Lune. Dans le nouveau programme, on entend faire atterrir le CEV sur la terre ferme (pour éviter le coût du déploiement d’une armada navale) et en un lieu bien précis (sans doute un des sites utilisés actuellement). D’autre part, on souhaite disposer d’une latitude bien supérieure en matière de fenêtre de départ, de façon à sécuriser le retour des astronautes. La solution ? Au lieu d’effectuer une entrée directe, sur laquelle on n’a pratiquement aucun contrôle, le CEV frôlera l’atmosphère terrestre, effectuant une sorte de ricochet soigneusement calculé qui permettra d’ajuster les conditions de sa rentrée finale en fonction des caractéristiques de sa trajectoire d’arrivée. Cette procédure complexe et nouvelle suppose une maîtrise parfaite de l’aérodynamique de rentrée, des contraintes thermiques associées et des techniques de guidage-pilotage. Elle justifie sans aucun doute une opération de qualification en conditions réelles. Il est même prévu de procéder à des essais préalables (en 2011), à l’aide d’une maquette de CEV à échelle réduite, lancée sur une trajectoire fortement elliptique par une fusée de la classe Delta 2. Scott Horowitz a par ailleurs fait remarquer que renforcer le programme par une étape technique et démonstrative intermédiaire est une saine pratique de management, car cela contribue à maintenir les savoir faire au meilleur niveau ; s’agissant d’un programme s'étirant sur 16 années, l’argument est certainement pertinent ! Richard Heidmann Mise en ligne : Anthony Rocher
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