Un rapport parlementaire préconise
un programme spatial français et
européen ambitieux

14 février 2007

L’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques a élaboré un rapport sur « les grands domaines programmatiques de la politique spatiale du futur » intitulé « Politique spatiale : l’audace ou le déclin – Comment faire de l’Europe le leader mondial de l’espace », qui défend vigoureusement une augmentation de l’effort spatial français et européen.
De nombreuses personnalités de tous pays ont été consultées pour établir ce document dont les grandes lignes ont été présentées le 7 février 2007 par ses auteurs, le député Christian Cabal et le sénateur Henri Revol, à des invités représentant le monde politique, les agences et industries spatiales et la presse.
Le document rappelle le nouveau cadre géopolitique des activités spatiales avec la relance du programme d’exploration spatiale des USA, la montée en puissance de la Chine et de l’Inde, la vigueur économique retrouvée de la Russie. Quant aux domaines scientifiques et techniques où l’effort doit porter, ils concernent « l’étude du changement climatique et la recherche de moyens de lutte contre l’effet de serre », les activités liées à la sécurité et à la défense, et enfin l’exploration :  « Aujourd’hui la recherche de la vie sur Mars s’avère nécessaire pour comprendre nos origines et l’auscultation du Soleil, en vue d’une météorologie solaire, est indispensable pour une meilleure gestion de la Terre ».
A l’encontre de ces ambitions, il est rappelé que, de 2001 à 2005, l’industrie européenne a subi un recul de 20% de son chiffre d’affaire consolidé. Le rapport souligne également que « la croissance ne peut être assurée d’abord par le marché ».  «Capitalistiques et à long terme, les investissements spatiaux produisent des externalités que les marchés ne prennent pas en compte et peuvent difficilement financer ». Il est aussi tout à fait judicieusement rappelé que, malheureusement, « le spatial d’aujourd’hui est invisible. L’opinion ignore qu’une journée sans satellites serait une journée de chaos économique et social »
Treize pages du rapport sont consacrées à l’exploration sous le titre « L’exploration et les vols habités, inséparables et inconcevables sans l’Europe ». Comme cela a été annoncé au récent workshop d’Edimburgh par l’ESA, l’Europe qui s’était déjà dotée en 2001 du programme cadre d’exploration Aurora, s’est donnée l’année 2007 pour préciser les modalités de sa contribution aux programmes d’exploration mondiaux dominés par le programme US. Le rapport de l’Office Parlementaire rappelle la position de « la communauté scientifique française en faveur de Mars : Le comité des programmes scientifiques du CNES a placé en première priorité scientifique l’exploration in situ de la surface de Mars, sans exclure l’intérêt de saisir des opportunités de mise en place d’expérimentations scientifiques sur la Lune, à condition que leur coût soit acceptable ». Le workshop d’Edimburgh a montré que cette position équilibrée est aussi celle de la grande majorité de la communauté scientifique européenne.
Le rapport de l’office parlementaire affiche qu’il est « impossible d’imaginer l’Europe laisser les autres grandes puissances explorer, étudier et équiper la Lune en infrastructures permanentes, sans participer à un programme international d’une aussi grande ambition. » Le rapport avalise l’implantation d’une infrastructure permanente habitée sur la Lune sur les dangers de laquelle l’association Planète Mars a déjà communiqué. Le rapport reconnaît toutefois qu’il ne s’agit là que d’une étape : « Une base lunaire permettra le test de l’application en vraie grandeur de technologies essentielles pour l’exploration de l’Univers, et, en particulier, une base d’essais pour l’exploration martienne ». Et surtout l’exploitation économique de la Lune et en particulier de son hélium 3 pour produire de l’énergie à bon marché par fusion nucléaire est reconnue comme « illusoire sur le plan technique pour encore de nombreuses décennies ». Cette position sage, qui contraste avec les arguments avancés par certains milieux américains et russes, doit apparemment beaucoup aux avis de M. Roger-Maurice Bonnet. Enfin, et là c’est l’astronaute Jean François Clervoy qui est cité, « la participation européenne devrait être indépendante, c’est à dire à même de produire des résultats substantiels même en cas d’arrêt du programme américain ». C’est également la tendance qui était exprimée lors du workshop d’Edimburgh.
Le rapport avance trois scénarios :

  1. Le premier s’inscrit dans le cadre d’une vaste coopération internationale. L’Europe développerait avec la Russie un vaisseau habité, dans un premier temps amélioration du Soyouz existant. L’Automated Transfert Vehicle européen lancé par Ariane 5, qui doit desservir la station orbitale dès cette année, serait modifié en remorqueur spatial. Le rapport n’entre pas dans le détail sur les scénarios possibles d’utilisation de ces véhicules. Dans ce scénario il n'est pas non plus évoqué de lanceur lourd pourtant nécessaire pour les futures missions martiennes. Mais le danger de la « dépendance technologique » est signalé en notant que « les exemples sont nombreux de coopérations qui ne se traduisent pas par un partage réel des technologies malgré des accords de licence et obligent à acheter purement et simplement au partenaire des équipements complets ».
  2. Le deuxième scénario évoque une utilisation des moyens européens comme Ariane 5 en complément du système US par exemple pour déposer du fret sur la Lune. Une Ariane 5 standard permettrait le dépôt d’une charge utile de 2 tonnes sur la Lune. Dans un deuxième temps le rapport imagine la collaboration de l’Inde, de la Russie, du Japon et de la Chine pour construire un lanceur lourd, « alternative au lanceur ARES 5 » pour vaisseaux martiens.
  3. Le troisième scénario, très ambitieux, est « celui de l’Europe en solo vers la Lune », fondé sur une Ariane 5 qualifiée pour vols habités et dont la performance aurait été portée à 25 tonnes en orbite basse. Il est proposé de développer un vaisseau habité à partir de l’ATV et de l’expérience de la capsule ARD lancée sur le troisième vol Ariane 5 et récupérée dans le Pacifique. Mais pour une mission lunaire il faudrait 6 lancements d’Ariane 5 donc de nombreux rendez vous et une mission assez acrobatique.

Même si les points ci dessus soulèvent des questions et des objections, ce rapport doit être salué comme très positif par la nouvelle dynamique qu’il vise à impulser au programme spatial français et européen. L’année 2007 ne fait que commencer, d’autres prises de position vont se manifester, les études de scénarios vont continuer. Rendez-vous en fin d’année pour un nouveau point.

 

Mise en ligne : Anthony Rocher


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